Cette semaine, Paul Reder, propriétaire en Californie de Ridge Montebello et l’un des meilleurs vinificateurs du monde, m’a conviée, ainsi que quelques autres dégustateurs, a (re)découvrir ses vins. Une verticale grandiose qui s’est déroulée dans un décor éblouissant, le Meurice, meilleur restaurant de Paris.
J’avoue ne pas bien connaître les vins californiens, mais ceux de Ridge sont frais, intenses, digestes. Pas du tout le vin ultra-concentré que l’on s’imagine. Non, on est en face à de véritables vins de terroir, avec une personnalité unique entre toutes à tel point qu’en les dégustant, je me disais que je pourrais les reconnaître à l’aveugle, ce qui n’est plus si courant aujourd’hui tant les productions tendent à se ressembler.
Il faut dire que le terroir de Montebello est unique, un îlot de calcaire rare dans la région et surtout à une altitude (300/400 mètres) qui permet de préserver la fraîcheur – c’est le plus haut vignoble des environs. Un sol mis en évidence pour la vigne dès la fin du XIXe siècle par un médecin Italien, Osea Perrone. C’est lui qui produit le premier vin de Montebello en 1892. Rapidement, ce vin apparaît comme l’un des plus fins de Californie. Paul Draper, professeur d’université, rejoint le domaine en 1969. Avec lui, la réputation internationale de la propriété est confirmée (il exporte 30% de sa production). C’est un homme sensible qui aime le vin plus que le pouvoir : il résiste aux sirènes de la critique américaine qui aimerait lui faire faire des vins plus riches en alcool. Ses vins dépassent rarement 14°, ce qui est presque une hérésie aux Etats-Unis où seuls les vins de 14° et plus obtiennent les meilleures notes…
Ridge 2006 Lytton Springs : zinfandel, petite syrah et carignan. Encore très taosté, avec des tanins serrés mais beaux, et assis sur une belle acidité. A attendre. Les vins de Ridge sont battis pour la garde.
- Ridge 2005 Santa Cruz Montain Estate : cabernet sauvignon et merlot. Très beau jus, masqué pour le moment par l’élevage en fût. Attendre que l’ensemble se fonde.
- Ridge 2005 Montebello : cabernet-sauvignon, merlot, petit verdot, cabernet-franc. Une très belle complexité. Un grand vin qui gagnera à vieillir : sa structure est splendide, tenue par une acidité intense, tout en ayant un côté savoureux.
- Ridge 2001 Montebello : la première fois en 50 ans que le vin dépasse 14°. Il est à 14°2 exactement. Sa finesse olfactive est extraordinaire. Texture souple, avec des tanins brillants. Un vin profond, long, élégant.
- Ridge 1997 Montebello : j’ai un coup de cœur pour ce vin magnifiquement fondu, somptueux, d’une longueur et d’une élégance sublissimes. Un vin d’une sérénité absolue, où tout est en place. On est au-delà du vin !
- Ridge 1996 Montebello : Notes de pruneau au nez. Très beau vin, mûr, équilibré, à la texture de velours. Suavité profonde avec un léger côté animal. L’identité des millésimes est très présente tout au cours de la dégustation.
- Ridge 1995 Montebello : Notes de cigare qui sautent au nez. Mais veloutées, suaves, profondes. Encore très prometteur pour la garde car l’acidité est encore là à enir l’ensemble.
- Ridge 1991 Montebello : sans doute le plus grand vin de la dégustation. A boire sans fin, et surtout sans fatigue, car ce ne sont pas des vins qui plombent, au contraire ! ils élèvent. Un équilibre extraordinaire avec une tension et une fraîcheur éblouissantes.
- Ridge 1984 Montebello : Très animal. Mais une belle complexité et une force inouïe.
- Ridge 1978 Montebello : cabernet-sauvignon et un peu de merlot. Une bouteille magnifique, aux tanins merveilleusement enrobés. Persistance incroyable pour un vin de cet âge. Fines notes de torréfaction en finale. Parfait !